Salem Nkunda Nyisingize

Avoir la science infuse

Entre connaissance divine et sagesse acquise : une réflexion sur l'apprentissage à l'ère de l'IA

Note de l'auteur : Ce texte a été préparé pour une présentation orale. Il explore la tension entre la connaissance instantanée et l'apprentissage par l'effort, particulièrement pertinente à l'ère de l'intelligence artificielle.

Le rêve impossible

Qui n'aimerait pas tout savoir ? Rien ne vous échappe. Rien ne vous surprend. Vous possédez véritablement toute la connaissance. Mais à quel prix ? Plus de plaisir de la découverte. Plus de curiosité. Cela en vaut-il vraiment la chandelle ?

Origines médiévales

L'expression avoir la science infuse se dit à propos d'une personne qui prétend tout savoir. Son origine remonte au Moyen Âge. À l'époque, la science infuse désignait la connaissance que Dieu versa directement dans l'esprit d'Adam, le tout premier être humain selon la tradition biblique. Cette connaissance lui fut infusée sans qu'il ait eu besoin d'apprendre ou d'étudier.

Pour ma part, je pense qu'une telle infusion ne serait pas un luxe… surtout lors d'un examen de mathématiques.

Divin versus humain

La distinction entre science infuse et science acquise servait à séparer le divin de l'humain. La science dite « naturelle » demandait effort, étude et persévérance : elle s'absorbait goutte à goutte. La science infuse, elle, était surnaturelle, versée d'un seul coup dans l'entendement.

Le mot science, quant à lui, pouvait désigner toute forme de connaissance : de la botanique à l'astronomie, en passant par la chimie, la physique… et même des domaines plus importants, comme la félinologie — la science des chats.

L'ironie moderne

Aujourd'hui, l'expression est employée avec ironie. Elle se dit d'une personne qui se croit savante sans avoir étudié. Mais voilà : de nos jours, la connaissance ultime n'est plus seulement un idéal né de l'orgueil. Elle est devenue une illusion qui s'infiltre peu à peu dans nos esprits.

Nous sommes submergés par une information à la fois utile et inutile, noble et source de discorde. C'est le rêve de Faust ou du roi Salomon, désormais à la portée de tous : une connaissance infinie.

La question fondamentale : Où se situe le juste milieu entre connaissance et sagesse ? Si les pas du progrès étaient plus rapides que ceux de la sagesse, ne foncerions-nous pas droit dans un mur ou, pour ne pas être trop dramatique, dans un coussin gonflable ?

L'océan d'informations

Justement, nous baignons dans un océan d'informations. Pour certains, nous nous noyons. Cela nous laisse inévitablement certaines questions.

En lisant quelques lignes produites par l'intelligence artificielle, devenons-nous experts ? Cela nous qualifie-t-il pour conseiller ou décider au même titre que des spécialistes forts de nombreuses années d'expérience ?

L'habit ne fait pas le moine, c'est vrai : les experts peuvent se tromper — c'est tout aussi vrai. Mais, en parlant de dictons, rappelons-nous aussi celui-ci : on n'apprend pas au vieux singe à faire la grimace. L'expérience compte, surtout contre vents et marées.

Cependant, l'abondance d'opinions n'équivaut pas à l'abondance de sagesse. Ce qui est certain, c'est que toutes les opinions ne se valent pas.

Invitation à la réflexion

Cette réflexion n'est qu'une invitation à penser. Croyez-vous à la science infuse ? Pensez-vous que la connaissance puisse être reçue par simple effusion digitale, ou qu'elle s'acquiert, goutte à goutte, par l'effort ?

« Il n'y a pas de connaissance absolue. Et ceux qui la prétendent, qu'ils soient scientifiques ou dogmatiques, ouvrent la porte à la tragédie. » — Jacob Bronowski, mathématicien

Étant étudiant en mathématiques, il me semble approprié de conclure par cette citation de Bronowski.

La beauté de l'apprentissage

Chers auditeurs, la science n'est pas belle parce qu'elle sait tout, mais parce qu'elle nous pousse à chercher, à explorer, à échouer certes mais à rebondir.

Et peut-être que, finalement, être humain, c'est apprendre sans jamais prétendre avoir fini.

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