À la fin du XIXᵉ siècle, le cryptographe néerlandais Auguste Kerckhoffs a formulé plusieurs principes destinés à guider la conception des chiffrements militaires. L’un des plus importants, aujourd’hui connu sous le nom de principe de Kerckhoffs, énonce que :
Un système de chiffrement doit rester sûr même si tout, à l’exception de la clé, est rendu public.
Idée centrale
Le principe de Kerckhoffs affirme que la sécurité d’un système de chiffrement ne doit jamais reposer sur le secret de l’algorithme, mais uniquement sur la confidentialité de la clé. L’algorithme peut être connu, étudié, analysé, voire tomber entre les mains de l’adversaire, sans compromettre la sécurité tant que la clé demeure secrète.
Pourquoi ce principe est essentiel
1. Une clé est plus facile à protéger qu’un algorithme
Les détails d’un algorithme peuvent être divulgués, copiés ou reconstruits par rétro-ingénierie. À l’inverse, une clé correctement générée — sous la forme d’une chaîne aléatoire — est beaucoup plus difficile à deviner ou à reproduire.
2. Changer une clé est simple, changer un algorithme est coûteux
Si une clé est compromise, il suffit d’en générer une nouvelle. En revanche, remplacer un algorithme implique souvent des changements profonds dans les logiciels, les protocoles et les infrastructures.
3. Un principe adapté à l’échelle
Lorsque de nombreux utilisateurs doivent chiffrer leurs communications, il est bien plus efficace d’utiliser un algorithme commun et public, tout en attribuant à chacun une clé distincte. Cela facilite la standardisation, l’audit de sécurité et l’interopérabilité.
Impact sur la cryptographie moderne
Aujourd’hui, les algorithmes cryptographiques les plus utilisés (AES, RSA, ECC) sont entièrement publics et largement analysés par la communauté scientifique. Leur sécurité repose exclusivement sur la difficulté de retrouver la clé, et non sur l’obscurité de leur conception.
Le principe de Kerckhoffs demeure ainsi l’un des piliers intellectuels de la sécurité informatique moderne.